• Lettre A
  • Page 1 sur 12
  • Abcès

    Abcès. Constitué par un amas de pus collecté au centre d’une tuméfaction, un abcès peut prêter à confusion avec une tumeur* maligne* ou la compliquer. Galien* distinguait les tumeurs dépassant la nature, comme les abcès, et les tumeurs contre nature, les cancers. L’abcès succède à une infection*, il est souvent accompagné d’une inflammation*, mais un abcès froid donne, dans un ganglion* ou un autre organe, une tumeur qui peut se présenter comme un cancer. La distinction se fait par un prélèvement : ponction* qui retire le pus d’un abcès ou biopsie* qui identifie une tumeur maligne. Certains cancers se compliquent d’une infection et donnent un abcès qui peut les révéler. Un bourgeon, qui obture une bronche*, empêche son évacuation et entraîne une rétention de bactéries* qui prolifèrent et provoquent l’abcès. Un ulcère* cancéreux favorise la pénétration de microbes donnant un ou plusieurs abcès à proximité. Voir aussi Huysmans*.

  • Abdomen

    Abdomen. Couramment appelé ventre, l’abdomen (Figure) est le siège de nombreux cancers (Figure in Fréquence*). Il occupe la moitié inférieure du tronc, au-dessous du thorax* dont le sépare le muscle diaphragme* et au-dessus du bassin* qui contient la vessie* et des organes génitaux* (Figure in Génital*). C’est une cavité revêtue intérieurement par une membrane*, le péritoine*, qui enveloppe les différents viscères en avant et laisse en arrière une région rétro-péritonéale. Celle-ci contient principalement les reins* et l’appareil urinaire* (Figure in Urinaire*), des ganglions* et du tissu conjonctif* où passent des gros vaisseaux* (aorte, veine cave inférieure) et des nerfs*. Tous ces organes peuvent présenter une tumeur* maligne*. Les cancers digestifs sont les plus fréquents dans les deux sexes : ils touchent principalement le tube digestif* – le côlon* ou gros intestin, l’estomac*, beaucoup moins l’intestin* grêle (Figure in Digestif*) – les glandes* qui lui sont associées – le pancréas* et le foie* – et la vésicule* biliaire. Chez la femme, les ovaires* sont situés dans l’abdomen et une tumeur de l’utérus* (du corps* utérin) peut également s’y développer. En arrière du péritoine les cancers les plus fréquents touchent les reins* ou les ganglions* lymphatiques (lymphomes*). Le péritoine recouvre les parois internes de l’abdomen et enveloppe les viscères, en particulier les anses de l’intestin en favorisant leur glissement les unes par rapport aux autres lors des mouvements de la digestion ou du transit intestinal. Il ménage une cavité virtuelle mais qui peut prendre de l’importance, par la présence d’un liquide, d’origine mécanique ou inflammatoire, qui constitue une ascite*, ou après injection artificielle d’air, pour pratiquer une laparoscopie*. Cette cavité péritonéale permet la migration de cellules* cancéreuses d’un organe à un autre, ce qui explique des métastases* sur les ovaires à partir d’un cancer de l’estomac (tumeur de Krukenberg*). Elle est souple et offre une certaine place, par exemple lors d’une grossesse*, sans entraîner de trouble. Cela explique que les cancers situés dans l’abdomen puissent se développer longtemps et atteindre un volume important avant de se manifester par un symptôme* permettant de les découvrir. L’abdomen s’explore par l’examen clinique qui permet de palper, plus ou moins facilement selon l’épaisseur et le tonus de la paroi abdominale, les organes profonds, y compris par l’examen au doigt du rectum (toucher* rectal). Le médecin peut aussi percuter pour déceler une zone sonore ou mate, normale ou anormale, et ausculter les bruits des mouvements intestinaux qui peuvent être interrompus lors d’une occlusion* ou d’une perforation. L’examen de l’abdomen et de ses tumeurs s’est beaucoup amélioré avec les moyens modernes de l’imagerie*. Le tube digestif s’explore par radiographie après déglutition d’un produit de contraste opaque aux rayons* X (baryte) pour l’estomac (transit* œsogastroduodénal), après injection par lavement d’un produit équivalent pour le côlon (lavement* baryté), l’appareil urinaire après injection* intraveineuse d’un produit iodé (urographie* intraveineuse). L’échographie*, le scanner* et l’IRM* explorent mieux les autres organes de l’abdomen, avec ou sans produit de contraste. Les viscères creux peuvent être aussi explorés par la vue à l’aide d’un tube rigide ou plutôt de fibres optiques souples qui éclairent en même temps l’intérieur du corps (endoscopie*) : gastroscopie pour l’estomac, coloscopie pour le côlon, de même que la cavité péritonéale (laparoscopie ou cœlioscopie*) après y avoir injecté de l’air qui se résorbe ensuite spontanément. Dans certains cas la cavité abdominale ne peut être correctement examinée que par une intervention chirurgicale (laparotomie*) qui sert aussi à traiter un organe malade, par exemple en enlevant une tumeur.

  • Ablathérapie

    Néologisme tiré de l’anglais ablation consistant en la destruction sur place d’une tumeur* au sein d’un organe. Les techniques d’ablathérapie, pratiquées par le chirurgien* ou par le radiologue* (voie percutanée, à travers la peau), sont multiples. Les méthodes chimiques utilisent l’acide acétique et surtout l’éthanol qui a été et reste utilisé surtout en Italie dans le traitement palliatif* des cancers primitifs du foie*. Peu coûteuse, l’injection d’éthanol n’est pas homogène et donc peu reproductible. La cryothérapie* dispose de l’expérience la plus ancienne. Elle consiste à introduire dans la tumeur une sonde de congélation qui va transformer la tumeur en un glaçon. La décongélation rapide entraîne des lésions cellulaires irréversibles et la nécrose* tumorale. La technique, fort coûteuse, est adaptée au traitement des métastases* hépatiques volumineuses. Elle n’est plus exploitée que par quelques équipes de chirurgie hépatique. Les radiofréquences et leur parent proche, les micro-ondes, sont de loin la technique la plus utilisée actuellement. Une aiguille-électrode est introduite au sein de la tumeur sous contrôle d’un échographe*. Le courant monopolaire alternatif provoque un champ électro-magnétique qui attire et repousse successivement les ions polarisés présents dans la tumeur. Cette friction ionique proportionnelle à la fréquence du courant est responsable de l’élévation de la température* du tissu et de sa nécrose. Les radiofréquences sont utilisées en voie percutanée pour le traitement de tumeurs du foie, des reins* ou des poumons*. Chirurgicalement, elles sont utilisées en complément de la chirurgie hépatique classique pour traiter des lésions multiples et complexes. L’avenir verra d’autres approches non thermiques mini-invasives se développer comme les ultrasons focalisés. Serge EVRARD

  • Ablation

    Geste par lequel on retire du corps une anomalie, une tumeur*, un organe ou une partie d’organe, ou encore un corps étranger, des points de suture, un drain, un cathéter*, etc.

  • Abrikossof

    (Tumeur d’). Tumeur bénigne* rare, décrite dans les années 1920 par le médecin russe qui lui a laissé son nom. Elle est formée de cellules* qui contiennent des granulations et dérivent probablement de tissu nerveux. Elle siège le plus souvent dans la langue* mais peut être située dans d’autres organes. Son ablation* large par chirurgie* permet de la guérir*.

  • Abstention

    Quand un malade est soupçonné ou atteint d’un cancer, à un stade précoce ou avancé, et qu’il demande l’aide d’un médecin, ce dernier ne peut s’abstenir de répondre. Cependant ses moyens sont limités quand le malade est dans un état si précaire qu’il ne peut supporter le moindre geste, parfois même un simple déplacement, ou si le cancer dépasse toute possibilité de traitement. L’abstention peut faire renoncer à porter un diagnostic*, chez un grand vieillard* par exemple, parce que les explorations nécessaires sont impraticables ou que leur résultat n’aurait aucune conséquence sur le pronostic* et la survie*. C’est une décision difficile qui ne doit pas être prise par le médecin ou la famille* du malade sous le seul prétexte de l’âge* et qui doit tenir compte du vœu du malade, autant qu’il peut l’exprimer. L’abstention thérapeutique peut être initiale ou secondaire. Une abstention initiale se justifie quand le cancer n’entraîne pas de troubles graves, évolue lentement et ne nécessite aucun traitement immédiat. On renonce aussi à des traitements majeurs (hospitalisations* prolongées, opérations mutilantes, souffrances ou affaiblissement graves) si ces traitements offrent trop peu de chances d’allonger la vie. Les médecins ont été longtemps réticents à aborder explicitement ce sujet, leur tâche fondamentale étant d’œuvrer pour guérir* les malades ou prolonger leur survie. Particulièrement dans les pays latins, on a mis du temps à admettre que renoncer à traiter était parfois la manière de faire la plus judicieuse, autorisant le patient à vivre la dernière partie de sa vie dans des conditions d’existence (à son domicile*, au sein de sa famille) et de fonctionnement personnel meilleures que si on lui appliquait des thérapeutiques « héroïques » (très agressives et peu susceptibles d’apporter un gain de santé notable). L’accent mis sur l’autonomie* du patient, reconnaissant l’importance de gérer sa vie lui-même, et sur sa liberté d’intervenir dans les soins qui lui sont prodigués, demande que l’abstention thérapeutique soit considérée sereinement et autant que possible dans la transparence vis-à-vis de l’intéressé. Des cancers évolués, des bronches* ou du pancréas* par exemple, ont un si mauvais pronostic*, dès le moment de leur découverte, que les chances d’améliorer la survie sont d’emblée faibles. En considérant la situation dans son ensemble, le ou les médecins ont à mettre en balance le bénéfice et les souffrances ou handicaps liés à des traitements lourds, par rapport aux possibilités de vie que laisserait, pour une période limitée, le renoncement à ces thérapeutiques. Le critère déterminant est le bien-être du patient. L’objectif est de lui permettre de vivre de manière aussi autonome qu’il le désire, en exploitant au mieux ses potentiels, pour le temps qu’il lui reste. Il est souhaitable qu’il participe à cette décision*, qu’on discute avec lui ses enjeux, qu’on lui indique que l’abstention thérapeutique est le meilleur moyen de maintenir son autonomie mais signifie aussi qu’on renonce à guérir la tumeur. Une question analogue se pose quand un traitement* curatif* n’a pas eu le résultat espéré, après une évolution et des rémissions plus ou moins longues, parce que les moyens anticancéreux sont épuisés ou que le patient est en fin de vie. On aborde alors la problématique de l’euthanasie* dans sa forme dite passive (interruption de mesures autres que celles visant à maîtriser la douleur* et les autres symptômes* à l’origine d’inconfort). Dans les pays du Sud et du Centre de l’Europe, cette suspension des traitements dépend dans une large mesure des médecins. Mais on commence à en parler plus explicitement avec le patient, son entourage, l’équipe soignante, comme cela est courant au Nord de l’Europe et en Amérique du Nord. Une discussion suffisamment précoce aide à traiter cette question difficile de manière plus claire, en laissant le malade exprimer ses préférences sur sa propre vie pendant qu’il en est encore capable. À l’opposé de l’acharnement* thérapeutique, appliqué par les médecins, sollicité par la famille ou réclamé par le malade, l’abstention n’est pas l’équivalent d’un abandon ou d’une passivité critiquable. C’est simplement renoncer à des mesures dirigées spécifiquement contre le cancer parce qu’elles sont ou deviennent disproportionnées. Même dans ce cas, le malade a besoin de soins d’une autre nature, nécessaires à son confort physique ou psychologique, qui font partie de l’accompagnement*. Il s’agit de trouver un juste équilibre entre la mission du médecin de mettre en œuvre tous les moyens judicieux pour sauver ou prolonger la vie, d’une part, et sauvegarder l’autonomie et la dignité personnelle du patient, d’autre part. Bernard HŒRNI

  • Académie de médecine

    Précédée par diverses assemblées de médecins et chirurgiens, fondée sous sa forme actuelle en 1820, composée de médecins mais aussi de pharmaciens*, de biologistes et de vétérinaires, l’Académie nationale de Médecine consacre aux cancers une bonne part de son activité. À l’automne 1854, une séance oppose les cliniciens et les « micrographes » qui défendent l’intérêt du microscope pour identifier une tumeur* maligne*. C’est un chirurgien, Malgaigne (1806-1865) qui soutient : « Intervenir sans se servir du microscope pour s’éclairer sur la nature des tumeurs qu’on enlève ressemble à un homme qui, ayant une mauvaise vue, prétendrait qu’il n’a pas besoin de lunettes ». C’est un autre chirurgien, Velpeau*, qui s’oppose à lui et ironise sur les dimensions de la cellule* : « Tout cela ensemble est gros comme une tête d’épingle et c’est là dessus qu’on a fondé une classification qui renverse tout, qui fait table rase du passé ! » La polémique se prolongera quelques mois mais, malgré l’autorité de Velpeau qui présidera l’Académie un peu plus tard, le microscope finira par l’emporter. La place occupée par les cancers dans ces débats académiques augmentera après le début du XXe siècle. Située à Paris, rue Bonaparte, dans un hôtel inauguré en 1902, l’Académie a deux activités principales : contribuer aux progrès de la science médicale, donner des avis officiels sur interrogation des pouvoirs publics. Ses séances hebdomadaires comportent des communications scientifiques qui concernent périodiquement la biologie, le diagnostic ou le traitement des tumeurs malignes. L’Académie gère de nombreux prix, certains réservés à des travaux de cancérologie, qui sont décernés au cours de sa séance solennelle en décembre. Elle est enfin invitée à se prononcer sur la validité de méthodes discutées de diagnostic ou de traitement des cancers. Pour des raisons historiques l’Académie de Médecine ne fait pas partie de l’Institut de France. Elle publie un Bulletin de l’Académie nationale de Médecine où sont édités les comptes rendus de ses séances.

  • Acanthosis nigricans

    C’est une modification très rare de la peau* qui accompagne le plus souvent un cancer digestif*, principalement de l’estomac* (syndrome* paranéoplasique*). Elle est caractérisée par un épaississement irrégulier et noirâtre des plis, dans les aisselles ou les aines.

  • Accélérateur de particules

    Appareil utilisé en radiothérapie* pour délivrer des rayonnements* ionisants détruisant les tissus cancéreux. Il comporte un équipement qui accélère des particules chargées (telles que électrons*, protons*, deutérons et particules alpha) jusqu’à l’énergie cinétique désirée. L’accélération est produite par un champ électrique de haute fréquence dont l’énergie se chiffre en millions de volts (MV). Dans le traitement des cancers, on utilise des accélérateurs d’électrons qui remplacent les « bombes* au cobalt* ». Le faisceau d’électrons est accéléré et guidé par des lentilles magnétiques, soit en ligne droite, le long d’un « canon » à électrons dans un accélérateur linéaire, soit de façon circulaire dans un bêtatron*. Conduit dans la tête de l’appareil d’irradiation, il est utilisé directement après avoir été élargi et égalisé ou bien envoyé sur une cible en métal de numéro atomique élevé de façon à créer des rayons* X. Électrons, comme rayons X de haute énergie, agissent sur les cellules et tissus cancéreux et normaux selon les mêmes principes que les autres rayonnements ionisants. Selon leur type et leur énergie, ils pénètrent plus ou moins en profondeur comme le précise la dosimétrie* qui calcule la dose* reçue par les différents organes. Dans la salle de traitement, la tête d’irradiation est fixée à la partie fixe (statif) de l’appareil et pivote de 360° autour d’un axe horizontal, ce qui permet de traiter les malades couchés sur la table de traitement avec plusieurs faisceaux de directions différentes. Les rayons X de 4 à 6 MV ont des caractéristiques proches des rayons gamma du cobalt 60. Ils pénètrent peu dans le corps et sont donc adaptés au traitement des tumeurs peu profondes (sein*, voies* aéro-digestives supérieures, cerveau*, membres). Les rayons X de 10 à 25 MV n’entraînent aucune réaction cutanée et peuvent avoir un rendement de 50 % à 20 cm sous la peau, adapté au traitement des tumeurs profondes (dans le thorax*, l’abdomen* ou le bassin*). Les électrons* dont on fait varier l’énergie entre 4 et 25 MeV (millions d’électrons-volts) permettent d’irradier des lésions superficielles. Jean-Paul LE BOURGEOIS

  • Accident

    L’apparition d’un cancer peut se comparer à un accident dans la transmission de l’information* génétique*, au moment de la division cellulaire (mitose*), d’une cellule-mère normale à une cellule-fille modifiée (transformée) et potentiellement cancéreuse. Cet accident, ou mutation*, fait apparaître, dans l’ADN* du noyau cellulaire, une anomalie génétique* dont la principale conséquence est que la cellule n’obéit plus aux règles de l’équilibre de l’organisme et prolifère excessivement pour donner une tumeur*. Comme pour un accident, les origines de cette mutation* sont souvent multiples. Des facteurs de prédisposition rendent un individu ou une cellule plus vulnérable à un agent extérieur. Un ou plusieurs facteurs externes se combinent ou s’additionnent pour provoquer l’accident. Le caractère prolongé ou répété de leur influence augmente le risque : fumer une cigarette* a peu de chances de provoquer un cancer des bronches*, en fumer vingt ou quarante par jour pendant 10 000 jours (environ 30 ans) entraîne un risque considérable ; ce risque est accru si le fumeur respire profondément la fumée, si cette fumée est riche en goudrons*, si le fumeur est simultanément exposé à des poussières d’amiante* ou à un air très pollué, etc. Cette accumulation des expositions explique que la fréquence* des cancers augmente avec l’âge*. L’accident a d’autant plus de risques de se produire qu’on y est exposé de nombreuses fois avec le temps, tandis que les mécanismes susceptibles de réparer ses conséquences s’affaiblissent avec le vieillissement*. La mutation à l’origine de la transformation cancéreuse apparaît ainsi comme un événement stochastique. Un exemple d’accident est offert par le virus* d’Epstein*-Barr : sur un terrain génétique* favorable, préparé par une infection* chronique comme le paludisme*, ce virus, transmis par une pratique culturelle (« le baiser nourricier »), entraîne une fracture de chromosomes* et rapproche un oncogène* d’un gène* actif dans les lymphocytes*, ce qui les fait se multiplier excessivement et donne selon les cas un carcinome du nasopharynx* ou un lymphome* malin. C’est un peu comme un automobiliste dont le véhicule est en mauvais état, qui voit mal et conduit sur une route étroite et sinueuse par temps de pluie et la nuit : s’il échappe aux premiers kilomètres, il a bien des risques* d’avoir un accident plus loin, alors que ces risques seraient faibles en cas de conditions inverses. Les cancers apparaissent ainsi en grande partie comme le produit de pratiques personnelles contrôlables. Un accident ne peut pas être absolument évité, mais ses chances de se produire dépendent largement des risques que l’on prend, de leur importance et de leur prolongation. L’information et la formation des individus prend ainsi une importance décisive, encore accrue pour des sujets qui présentent un point faible, une vulnérabilité particulière : de même qu’on ne laisse pas piloter un avion à un daltonien, une personne blonde, que son phototype* rend fragile vis à vis des rayons solaires, doit éviter de trop s’exposer au soleil*. Bernard HŒRNI

  • Accompagnement

    S’inscrivant dans le cadre des soins palliatifs*, le terme d’accompagnement s’appliquait depuis les années 1960-70 essentiellement à la prise en charge des malades en phase terminale d’un cancer incurable. Aujourd’hui, de nombreux professionnels ont la volonté de ne pas réserver cet accompagnement à des malades en toute fin de vie (phase palliative terminale), mais aussi aux malades incurables avant la phase palliative terminale (phase palliative initiale), notamment en ce qui concerne « l’accompagnement relationnel ». On utilise aussi le verbe « accompagner » et le substantif dérivé « accompagnant » (« accompagnateur » n’est pas usité dans ce contexte). L’usage du mot « accompagnement » apparaît d’abord dans le langage infirmier* pour désigner un projet de soins ; il désigne « une attitude, une conception du soin et de la relation avec le grand malade » (P. Verspieren), conception qui « repose sur la reconnaissance de la personne proche de sa mort comme un être humain vivant à part entière » (C. Jomain). Malgré quelques initiatives anciennes, comme l’œuvre du Calvaire* au milieu du xixe siècle, le mouvement en faveur de l’accompagnement a heureusement rompu avec une attitude habituelle au début du xxe siècle. Le cancer était réputé à l’origine d’un spectacle horrible et maladorant (voir Odeur*) qu’il fallait éviter aux autres, y compris, à la fin, à d’autres malades. Le principe était : « Le mourant doit être séparé des vivants. » De là venait une tendance à exclure prématurément le malade en l’isolant. L’idée d’accompagnement du malade contient trois des sens que le mot a en français courant : 1) Aller avec, suivre quelqu’un en marchant à son pas : le soignant fait siennes les priorités du malade. 2) Reconnaître la réalité de la situation sans chercher à s’y opposer, comme on dit « accompagner le mouvement » : « l’accompagnement et les soins palliatifs qu’il comporte doivent offrir au mourant et à ses proches la possibilité de vivre la fin de sa vie sans avoir ni à en hâter la fin, ni à la prolonger par des thérapeutiques acharnées* » (Statuts de la Fédération JALMALV*). 3) Apporter ce qui manque au malade, y compris dans les détails qui assurent son confort ou lui procurent un soutien moral (comme on dit dans d’autres contextes : « mesures d’accompagnement »). L’accompagnement des malades comporte d’abord les soins palliatifs, c’est-à-dire le traitement de la douleur* et des autres inconforts physiques. Depuis 1960, le soulagement de la douleur* a fait de grands progrès : les statistiques du Saint Christopher’s Hospice de Londres rapportent 85 % de soulagement complet, 10 % de soulagement partiel et seulement 5 % de soulagement insuffisant ou nul. D’autres progrès ont été faits pour soulager des symptômes* comme la gêne pour respirer (dyspnée*) ou les occlusions*, prévenir des escarres*, améliorer les soins de bouche*, la nutrition* ou l’hydratation des mourants. Il comporte également le soutien psychologique, affectif et spirituel du malade et de ses proches. On parle d’« accompagnement relationnel » pour désigner un soutien psychologique ou spirituel qu’un soignant, un psychologue ou un bénévole* apportent au patient ; on désigne comme « bénévoles d’accompagnement » des personnes qui se sont proposées puis formées à l’accompagnement des malades en phase terminale, en liaison avec les équipes soignantes. Cette « formation à l’accompagnement » comporte une formation personnelle à l’écoute active, attitude – disposition plus que technique – essentielle à l’accompagnement. Elle donne au malade la liberté d’exprimer ses sentiments et ses difficultés, d’élaborer sa recherche personnelle du sens de sa vie, de formuler ses désirs et ses espoirs. L’écoute active est également nécessaire dans l’accompagnement d’une famille*, notamment à l’occasion d’un deuil*. L’accompagnement relationnel du malade en fin de vie est donc une relation d’aide, « une aide discrète » (P. Verspieren) soucieuse d’éviter à la personne accompagnée la souffrance de la solitude. Des expressions comme « accompagnement à la mort », « réussir un accompagnement », ou au contraire « ne pas pouvoir accompagner » sont impropres. L’accompagnement est proposé à une personne vivante, non pour la préparer à mourir mais pour l’aider à vivre ; le sentiment de réussite ou d’échec qu’éprouve le soignant reflète ses propres sentiments, non ceux du malade qui seul pourrait dire comment il apprécie l’accompagnement qui lui est proposé. L’accompagnement est un travail d’équipe ; il nécessite des rencontres et un dialogue ; au sein de l’« équipe accompagnante », le respect des secrets* échangés s’impose à chacun. Engagés dans une telle expérience, soignants et bénévoles sont exposés à des difficultés et à des blessures affectives. Il importe qu’ils apprennent à garder avec la personne accompagnée la « bonne distance », mais aussi qu’ils aient des occasions de parler librement de leur expérience dans le cadre de « groupes de parole » (ou « groupes de soutien ») supervisés par un psychothérapeute (psychiatre ou psychologue). L’accompagnement n’envisage pas l’euthanasie* comme une pratique des soins ni comme une solution à la souffrance physique ou morale du patient. Il reste cependant ouvert à l’expression d’une telle demande pour aider le malade à en préciser la véritable signification, le plus souvent expression d’une douleur mal calmée, d’une lassitude et d’un désir de vivre autrement. En France, l’accompagnement a fait l’objet d’une circulaire du Ministère des Affaires Sociales et de l’Emploi (26 août 1986) qui donne aux acteurs de la santé, notamment aux hôpitaux, la mission de « soigner et accompagner jusqu’au bout ». Cette circulaire indique comment organiser les soins palliatifs et l’accompagnement dans les hôpitaux, les établissements gériatriques et à domicile*. Une circulaire de la Direction de l’Hospitalisation et de l’Organisation des Soins (19 février 2002) indique les modalités d’une démarche palliative en établissements bien menée et anticipée qui comprend évidemment la notion d’accompagnement (cette démarche doit évidemment impliquer d’une façon ou d’une autre les professionnels libéraux). René Schærer

  • ACE

    ACE. Voir Antigène* carcino-embryonnaire.

  • Acharnement thérapeutique

    On parle d’acharnement thérapeutique lorsque certains médecins ne veulent pas reconnaître le caractère inéluctable et imminent de la mort* d’un malade et multiplient à son égard des actes et des moyens thérapeutiques « disproportionnés » (P. Verspieren) avec leurs objectifs. L’acharnement témoigne de violence et de dépossession de soi. L’acharnement thérapeutique est ainsi chargé d’une connotation péjorative : elle sous-entend qu’on inflige au malade des souffrances inutiles, pour ne pas dire des « tortures » (L.-V. Thomas), en « prolongeant » son agonie, tout en le privant de sa dignité, de sa liberté et de sa mort naturelle. Derrière cette expression, il y a aussi une souffrance partagée par les familles*, les soignants et parfois les malades eux-mêmes : celle de l’isolement et de l’impossibilité fréquente de communiquer, par la parole ou les gestes, dans les derniers moments de la vie. Cette image d’une mort rendue violente par l’intervention « frénétique » de la technique médicale moderne s’oppose à l’image moins agressive d’une mort naturelle survenant à domicile* au milieu de proches. Les médecins ne peuvent pas toujours prévoir avec certitude les résultats des traitements. L’accusation d’acharnement est portée souvent a posteriori quand le traitement a été un échec : l’acharnement thérapeutique est « un miracle qui a échoué » (G. Laroque). Il est difficile à un chirurgien*, à un Service d’Aide Médicale Urgente (SAMU) ou à une équipe de réanimation de peser le pour et le contre de mesures thérapeutiques qui n’ont toutes leurs chances d’agir que si leur mise en œuvre est immédiate : ce n’est que dans les heures ou les jours qui suivent que ces mesures paraissent ou non disproportionnées avec le résultat qu’elles ont obtenu ou les séquelles que conserve le malade. Une meilleure connaissance des facteurs de pronostic* permet aujourd’hui dans la plupart des maladies aiguës ou chroniques d’évaluer, à partir des symptômes* et des résultats biologiques d’un malade donné, les chances de guérison* ou de rémission* ainsi que les risques de complications ou de séquelles. Cette évaluation repose sur des données statistiques qui, sans avoir une valeur absolue, aident la décision* médicale. Elle permet d’indiquer par avance, dans le dossier* d’un malade, la conduite raisonnable à tenir en cas d’aggravation ou de complication brutale et d’éviter ainsi des traitements ou une réanimation injustifiés. Elle permet aussi d’expliquer à un malade, une famille* et à l’équipe soignante les raisons d’une « persévérance médicale », celles de poursuivre un traitement obstiné. Ces données statistiques n’enlèvent pas au médecin sa responsabilité éthique*, pas plus qu’elles ne privent le malade de sa liberté (d’accepter ou de refuser une thérapeutique donnée). Certaines personnes jugent bon de rédiger et de porter sur elles à l’intention de leur médecin un document – appelé « testament de vie » ou « testament biologique » – dans lequel elles indiquent leur volonté de ne pas faire l’objet, le cas échéant, de thérapeutiques jugées par avance disproportionnées. Certains États, aux États-Unis ou au Danemark, accordent une valeur légale à un tel document. Sans aller jusque-là, la volonté du malade exprimée par écrit représente pour le médecin un repère qui oriente des décisions difficiles. De même, la désignation d’un tiers, familial ou non, dite « personne de confiance » doit permettre de faciliter les meilleurs décisions. Cette désignation est inscrite dans la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé qui indique (Art. L. 1110-5.) : « (…) Les professionnels de santé mettent en oeuvre tous les moyens à leur disposition pour assurer une vie digne jusqu’à la mort. ». Les règles d’information des usagers du système de santé et d’expression de leur volonté sont précisées dans son chapitre Ier. Cette notion est reprise dans la conférence de consensus ANAES* (devenue HAS) des 14 et 15 janvier 2004 sur l’accompagnement des personnes en fin de vie et de leurs proches avec comme recommandation : « Favoriser la mise en oeuvre des dispositifs qui permettent d’anticiper les phases de rupture et de prendre en compte les demandes formulées par la personne malade et ses proches. Une réflexion est nécessaire à propos des directives anticipées rédigées par la personne malade et de la position reconnue à la « personne de confiance ». À cet égard il est recommandé de mentionner dans les documents d’accueil l’importance de désigner une « personne de confiance » ou un référent au sein de la famille ». Une famille dans le deuil* peut souffrir de n’avoir pas su s’opposer à ce qu’elle a pris pour de l’acharnement thérapeutique. En pareil cas un entretien avec le médecin ou un autre soignant permet d’expliquer ce qui a été décidé et réalisé et libère de regrets dus à un défaut de communication regrettable au moment des faits. René Schærer

  • Acide aminé

    Les acides aminés sont des molécules de petite taille qui possèdent, comme leur nom l’indique, une fonction chimique acide et une fonction amine. À l’état libre, ils peuvent jouer le rôle de messagers (médiateurs) du système nerveux, de précurseurs de ces médiateurs ou d’hormones*. Ils peuvent également être liés les uns aux autres, la fonction amine de l’un attachée à la fonction acide du suivant, en de longues chaînes linéaires qui sont les protéines*. Vingt acides aminés participent à la structure des protéines. De la séquence de leur enchaînement dépendent la nature, la structure et la fonction de chaque protéine. Cette séquence est déterminée par l’information génétique contenue dans les acides nucléiques (ADN* et ARN*) qui commande précisément leur succession, pièce par pièce, lors de la construction (synthèse) d’une protéine.

  • Acide désoxyribonucléique

    Voir ADN*

Résultats 1 - 15 sur 173.