ACTUALITES - BULLETIN DU CANCER - AVRIL 2016

Le 15 - DÉC - 2015

Stress financier : c’est un facteur pronostique pour la survie des cancers !

C’est une problématique qui pourrait prendre de l’ampleur dans certaines parties du monde : le diagnostic de cancer peut s’accompagner d’un « stress » financier majeur, pouvant aller jusqu’à la faillite civile. Il apparaît maintenant dans une étude publiée en janvier 2016 dans le « Journal of Clinical Oncology », que la survenue d’une faillite est un puissant facteur pronostique de la mortalité par cancer, puisqu’elle s’accompagne d’une augmentation du risque de décès de 80 % [1]. La même équipe avait déjà montré que la probabilité de connaître une faillite financière pouvait être augmentée d’un facteur 2,5 par la présence d’une maladie cancéreuse [2]. Ici, les chercheurs en santé publique nord-américains ont croisé les données du registre SEER des cancers pour l’état de Washington avec celles des dossiers de faillite civile. À partir de 231 596 cas de cancers diagnostiqués entre 1995 et 2009, ils ont identifié 4728 dossiers de faillite, plus souvent jeune, de sexe féminin, non blancs et avec des maladies plus souvent locorégionales que métastatiques. Utilisant un appariement basé sur la méthode des scores de propension, ils ont pu comparer 3841 patients avec et sans faillite mais par ailleurs comparables en termes d’âge, de sexe, de types de cancer, de stade, de niveau socio-économique et de traitement initial : le hazard ratio ajusté pour la mortalité était de 1,79 (IC 95 % 1,64–1,96) ! L’impact pronostique variait selon le type de cancer et apparaissait particulièrement significatif dans les cancers du sein, du poumon, colorectaux et de prostate. La restriction de l’analyse aux cancers en situation localisée ne modifiait pas les résultats. Cette étude, la première évaluant directement l’impact des situations de détresse financières sur la mortalité des patients, a d’importantes conséquences potentielles. D’abord, elle identifie un facteur pronostique sur lequel une intervention efficace est peut-être plus simple à mettre en place que sur un acteur de la biologie des cellules cancéreuses (mais ce n’est pas sûr…). De plus, il est possible que des situations de difficultés financières moins aiguës qu’une authentique faillite puissent également avoir un impact défavorable sur la survie. Enfin, dans une société comme les États-Unis où le reste à charge pour le patient est très élevé, il devient clair que du coût des nouveaux traitements va se traduire par un risque croissant d’exposition financière, ce que certains n’ont pas hésité à qualifier de véritable « toxicité financière » des anticancéreux, avec comme conséquences graves le refus de ces traitements ou la non-adhérence aux traitements recommandés. Ces données peuvent également être versées au débat qui se développe en France sur le coût des médicaments innovants [3], afin de rappeler combien il est important de conserver et d’améliorer encore un système dans lequel les patients sont pris en charge à 100 %, avec comme objectif de les protéger autant que possible des conséquences financières de la maladie.

Références

[1] Ramsey SD, Bansal A, Fedorenko CR, Blough DK, Overstreet KA, Shankaran V, et al. Financial Insolvency as a Risk Factor for Early Mortality Among Patients With Cancer. J Clin Oncol Off J Am Soc Clin Oncol 2016. doi:10.1200/JCO.2015.64.6620.

[2] Ramsey S, Blough D, Kirchhoff A, Kreizenbeck K, Fedorenko C, Snell K, et al. Washington State cancer patients found to be at greater risk for bankruptcy than people without a cancer diagnosis. Health Aff Proj Hope 2013;32:1143–52. doi:10.1377/hlthaff.2012.1263.

[3] Freyer G., Marty M., et les membres du groupe de travail. La liste en sus de la tarification à l’activité pour les agents anticancéreux : génèse et évolution. Bull. cancer 2016, avril

Anthony Gonçalves

Déclaration de liens d’intérêts

l’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.