ACTUALITES - BULLETIN DU CANCER - AVRIL 2016

Le 15 - DÉC - 2015

Chimioradiothérapie des cancers localement évolués de la sphère ORL : cétuximab ou cisplatine ? -

Le traitement standard des cancers de la sphère ORL localement évolués est une chimioradiothérapie avec du cisplatine, non sans effets secondaires sévères. En 2006, Bonner et al. ont publié les résultats préliminaires d’un essai randomisé comparant dans cette indication chimioradiothérapie avec cétuximab et radiothérapie exclusive [1]. Ils ont rapporté un gain de 13 % de probabilité de contrôle locorégional et de 11 % de survie globale à 3ans, avec une toxicité limitée. Depuis, le cétuximab a été largement employé quand le cisplatine ne pouvait être raisonnablement délivré. En 2010, Bonner et al. ont publié une mise à jour de leur essai, dans laquelle ils ont montré que le bénéfice observé avec le cétuximab était plus évident chez les patients jeunes et en bon état général [2].

Une comparaison des effets secondaires du cétuximab et de ceux du cisplatine restait cependant à faire. C’était l’objectif d’un essai randomisé dont les résultats viennent d’être publiés [3].

Des patients atteints de cancer de la sphère ORL localement évolué ont reçu en même temps que la radiothérapie 40 mg/m2 de cisplatine chaque semaine ou 400 mg/m2 de cétuximab comme dose de charge, puis 250 mg/m2 chaque semaine. L’étude a été fermée prématurément après l’inclusion de 70 patients, par défaut de recrutement. Un arrêt du traitement de plus de 10jours a été nécessaire pour 13 % des patients recevant le cétuximab et 0 % pour ceux recevant le cisplatine (p=0,05), avec une réduction du dosage du médicament dans respectivement 34 % et 53 % (ns). La toxicité du cisplatine a été hématologique, rénale et gastro-intestinale, celle du cétuximab cutanée. Un support nutritionnel s’est avéré plus fréquent avec le cétuximab. Les effets secondaires de grade 3 ou 4 ont été plus fréquents avec le cétuximab, incluant quatre décès iatrogéniques contre un pour le cisplatine (19 % contre 3 %,p=0,044). Les taux de contrôle local, les modes de rechute et la survie ne différaient pas entre les deux bras de l’essai. Les auteurs ont conclu à une moins bonne observance et une plus grande toxicité du cétuximab par rapport au cisplatine.

Trois autres essais tentent de répondre à cette question, mais avec une population plus sélectionnée. L’essai 1016 du Radiation Therapy Oncology Group (RTOG) cherche à savoir si le remplacement du cisplatine par du cétuximab pourrait résulter en la même probabilité de survie à 5ans dans une population de patients atteints de cancer de l’oropharynx lié aux papillomavirus humains. Les inclusions sont maintenant closes. L’essai du Trans-Tasmanian Radiation Oncology Group (TROG) 12.01 compare dans une population de patients atteints de cancer de l’oropharynx lié aux papillomavirus humains l’administration hebdomadaire lors d’une radiothérapie de 70Gy de cétuximab et de cisplatine, avec comme objectif principal la toxicité de grade 3 à 5. Enfin, l’essai DE-ESCALaTE compare dans une population de patients atteints de cancer lié aux papillomavirus humains la toxicité précoce et tardive du cétuximab et du cisplatine. Les résultats de ces trois essais contribueront sans aucun doute à répondre à cette éternelle question : la place du cétuximab au regard du cisplatine dans les cancers ORL localement évolués.

Références

1 Bonner JA, Harari PM, Giralt J, et al. Radiotherapy plus cetuximab for squamous-cell carcinoma of the head and neck. Lancet. 2005;366:2087-106. N Engl J Med. 2006;354:567- 78.

2 Bonner JA, Harari PM, Giralt J, et al. Radiotherapy plus cetuximab for locally advanced head and neck cancer: 5-year survival from a phase3 randomised trial, and relation between cetuxumab induced rash and survival. Lancet Oncol 2010;11:21-8.

3 Magrini SM, Buglione M, Corvò R, et al. Cetuximab and Radiotherapy Versus Cisplatin and Radiotherapy for Locally Advanced Head and Neck Cancer: A Randomized Phase II Trial. J Clin Oncol. 2016;34:427-35.

J.J. MAZERON

Déclaration de liens d’intérêts

l’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.