ACTUALITES - BULLETIN DU CANCER - SEPTEMBRE 2016

Le 08 - DÉC - 2015

ASCO 2016 : confirmation des places respectives du docétaxel et du cabazitaxel dans le cancer de la prostate

La place des taxanes est majeure dans la prise en charge des cancers de la prostate. En 2004, Tannock et al. ont montré que pour les patients présentant un cancer de la prostate métastatique en résistance à la castration, le docétaxel à la dose de 75 mg/m2/3 semaines associé à une corticothérapie apportait un avantage de survie globale par rapport à la mitoxantrone [1]. En 2010, De Bono et al. ont montré que le cabazitaxel chez les patients ayant reçu du docétaxel apportait un avantage de survie globale par rapport à la mitoxantrone [2]. Enfin en 2015 et 2016, les résultats des études Charted et Stamppede, puis leur méta-analyse associée aux données de l’étude GETUG15 ont montré aussi le bénéfice de la chimiothérapie par docétaxel au stade initial de la maladie métastatique au stade hormono-naïf [3]. Lors du dernier congrès de l’ASCO, plusieurs études ont réévalué la position de ces 2 médicaments dans le cancer de la prostate.

Question 1. Le docétaxel a-t-il sa place en situation adjuvante ?

Ahlgren et al. ont présenté les résultats d’une étude randomisée de phase III comparant docétaxel (6 cycles à 75 mg/m2/3 semaines sans corticothérapie associée) à une surveillance chez des patients ayant bénéficié d’une prostatectomie et considérés à haut risque (pT2 avec Gleason 4+3 ou Gleason 8–10 et marges positives/pT3a avec Gleason 4+3 ou plus/tout grade 4 avec pT3b/tout N+si Gleason 4 ou supérieur). Le critère de jugement est la rechute biologique du PSA à plus de 0,5ng/mL à 2 reprises. Les patients ont été inclus entre 2005 et 2010, 70 % des patients inclus dans le bras docétaxel ont bien reçu 6 cycles. Les résultats ne sont pas en faveur d’un traitement par docétaxel ; la rechute biologique est de 44,8 % dans le bras chimiothérapie et 38,9 % dans le bras surveillance [4].

Question 2. En situation de résistance à la castration l’administration intermittente de docétaxel est-elle non inférieure à l’administration continue de docétaxel ?

Cash et al. ont présenté les résultats d’une étude de phase III de non-infériorité comparant 2 stratégies : chimiothérapie continue par docétaxel versus chimiothérapie intermittente (Tableau I). L’idée est ici de réduire la toxicité induite par le traitement sans en altérer l’efficacité. Dans les 2 bras, 2 schémas étaient possibles (selon le choix de l’investigateur) : docétaxel soit 70 mg/m2/3 semaines soit 35 mg/m2/semaine. Dans le bras intermittent, le traitement était donné par période de 12 semaines, et repris en cas d’augmentation de plus de 50 % du PSA, progression selon RECIST ou progression symptomatique. Les patients étaient chimio-naïfs, mais pouvaient avoir reçu de l’estramustine. Le recrutement a commencé en 2005. Le critère de jugement principal est la survie. Le nombre de sujets nécessaires était de 424 ; l’étude a été analysée après inclusion de 187 patients, et de fait la puissance de l’analyse est très médiocre : 39 %. Dans le bras intermittent, le nombre de patients ayant reçu 1 séquence de 12 semaines est de 41, 37 patients ont reçu 2 séquences, 11 patients ont reçu 3 séquences, 5 patients 4 séquences et 2 patients 5 séquences. Le Tableau I montre qu’il n’y a pas de différence apparente entre les 2 bras, néanmoins l’intervalle de confiance à 95 % du hazard ratio de survie globale dépasse 1,125 la borne limite définissant ici la non-infériorité. Dans cette étude, l’administration intermittente de docétaxel est donc « non non inférieure » et ne peut être recommandée de manière standard [5].

Question 3. Au stade de résistance à la castration, le cabazitaxel est-il supérieur au docétaxel ?

Sartor et al. ont présenté les résultats de l’étude Firstana comparant les 2 molécules (dont 2 schémas pour le cabazitaxel : 20 mg/m2 et 25 mg/m2/3 semaines avec corticothérapie). L’hypothèse initiale est celle d’une supériorité du cabazitaxel en termes de survie globale, avec un hazard ratio à 0,75. Les principales données de l’étude sont résumées dans le Tableau II. Dans les 3 bras, les populations étaient comparables, à l’exception de l’intervalle entre le diagnostic et l’inclusion plus court dans le bras cabazitaxel 25 mg/m2 (médiane de 36,7 mois contre 45,7 mois pour le bras docétaxel). En ce qui concerne les résultats, il n’y a pas de différence significative à l’exception du taux de réponse selon Recist, meilleur pour le bras à 25 mg/m2 comparé au docétaxel (p=0,003). Au total, cette étude est négative. Le cabazitaxel n’est pas supérieur au docétaxel [6].

Question 4. Cabazitaxel 20 mg/m2 est-il non inférieur à 24 mg/m2 chez des patients avec maladie métastatique ayant reçu un traitement par docétaxel ?

Cette question a été posée par De Bono et al. par l’intermédiaire d’un large essai de phase III de non-infériorité (Tableau III). L’objectif principal est la survie globale. La non-infériorité est affirmée dans cet essai si la borne supérieure de l’intervalle de confiance à 95 % du hazard ratio demeure inférieur à 1,214. Au total, le hazard ratio est de 1,024 ; la borne supérieure de l’intervalle de confiance est de 1,184. En ce qui concerne les autres résultats, il n’y a pas de différence entre les 2 bras, à l’exception de la réponse au PSA (p<0,0001). Le forrest-plot montré lors de la présentation orale suggère que la dose de 25 mg/m2 apporterait un avantage aux patients préalablement exposés à l’enzalutamide ou l’abiratérone, mais ce point devra être confirmé. Au total, cabazitaxel 20 mg/m2 est bien non-inférieur à la dose de 25 mg/m2 [7].

Au total, cette session de l’ASCO 2016 apporte 4 informations :

actuellement, il n’y a aucun argument pour utiliser le docétaxel en adjuvant ;
actuellement, il n’y a pas d’argument pour utiliser le docétaxel de manière intermittente ;
actuellement, il n’est pas établi de supériorité du cabazitaxel par rapport au docétaxel en 1re ligne de chimiothérapie en résistance à la castration et ;
la non-infériorité de la dose de 20 mg/m2 par rapport à la dose de 25 mg/m2 de cabazitaxel en post-docétaxel est établie. En conséquence, le schéma thérapeutique global ne change pas ; la dose de cabazitaxel recommandée est remise en question.

Déclaration de liens d’intérêts

l’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.


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