Hommage à François LAVELLE (1943-2018)

François Lavelle nous a quittés et nous en ressentons beaucoup de chagrin. François a été pendant une douzaine d’années notre Secrétaire Général et il a œuvré pour la Société Française du Cancer avec une grande efficacité et une non moins grande discrétion. François a été un personnage important dans le domaine de la cancérologie et nous avons été très fiers qu’il accepte, au moment de sa retraite, de consacrer une bonne partie de son temps à faire vivre cette société savante, au moment où elle approchait de son centenaire.

Natif de l’Ardèche, François a fait ses études à la faculté des sciences de Lyon. Après licence, maîtrise, DEA de chimie organique, il « monte » à Paris préparer une thèse d’État ès sciences qu’il soutient en 1974 à l’Institut de Biologie Physico-Chimique, après être entré comme stagiaire, puis attaché de recherche au CNRS. En 1975-1976, il est à Sutton à l’Institute for Cancer Research : bien peu étaient ceux qui partaient ainsi en post-doc à l’étranger à cette époque ! Il entre chez Rhône-Poulenc comme ingénieur de recherche en 1977, et très rapidement ses qualités sont remarquées : il est chef du service de cancérologie en 1980, poste qu’il conservera sous des appellations diverses pendant près de 20 ans, apportant à l’industrie pharmaceutique son grand savoir et son grand savoir-faire dans le développement des médicaments anticancéreux.

François a contribué au développement de plusieurs anticancéreux majeurs : si les anthracyclines sur lesquelles il a travaillé en collaboration avec René Maral n’ont finalement pas eu de destin commercial, le taxotère (docétaxel) comme le campto (irinotécan) ont apporté beaucoup au traitement médical de nombreux cancers et demeurent des médicaments majeurs des cancers les plus fréquents, parmi lesquels les cancers du sein, de la prostate ou du côlon. C’est au groupe que dirigeait François que nous devons leur passage si difficile du statut de molécule prometteuse au statut de médicament. De l’intuition, du travail, de la rigueur, ce sont quelques-unes des qualités nécessaires aux investigateurs qui se lancent dans cette aventure, et François possédait ces qualités – et bien d’autres – au plus haut degré.

François était porteur, outre ses compétences de chercheur, d’une vocation pédagogique qui était recherchée dans de nombreuses instances : le souci de la clarté l’animait et les membres de la SFC ont fait souvent appel à lui quand il s’agissait d’organiser une session de formation, un cycle de cours spécialisés, une université européenne d’été. On faisait appel à lui également dans de multiples comités d’évaluation, parce que, outre ses compétences et sa qualité de jugement, il était capable de suggérer et d’orienter le travail des équipes dont on lui confiait les dossiers. En 1997, la nouvelle équipe rédactionnelle du Bulletin du Cancer fit appel à lui pour assurer la supervision de tous les articles concernant la pharmacologie des cancers, tâche dont il s’acquitta avec brio, tout en rédigeant lui même de nombreux articles de synthèse sur les sujets qu’il connaissait bien. Ses qualités de chercheur, d’enseignant, d’évaluateur, ont été reconnues officiellement par l’Académie des sciences, qui lui décerna le Prix Léon Velluz en 1991, et par Rhône-Poulenc, qui lui décerna le Grand prix de la recherche en 1994.

En 2000, la Société Française du Cancer cherchait un Secrétaire Général de grande envergure, capable à la fois de s’imposer sur le plan scientifique et médical et de superviser toute l’activité de la société. Les présidents ne font que passer, le Secrétaire Général est quasiment inamovible jusqu’à ce qu’il demande lui-même à être déchargé de sa mission… C’est lui qui guide les pas incertains des présidents souvent peu disponibles, qui gère l’emploi des secrétaires salariées, qui assure le suivi de toutes les manifestations organisées sous l’égide de la SFC, et qui remplit bien d’autres tâches. Qui mieux que François pouvait être ainsi la cheville ouvrière de la SFC ? Il avait géré une importante équipe de recherche, avait eu la responsabilité d’encadrer des chercheurs de forte personnalité, connaissait à la fois le monde de la biologie et celui de la médecine (et était apprécié de ces deux mondes !), avait des qualités de conciliateur reconnues, et surtout avait (ou plutôt s’était donné) la disponibilité nécessaire à ce travail ingrat. Tous les présidents de la SFC qui se sont succédé de 2000 à 2012 n’ont eu qu’à se féliciter d’avoir la chance de travailler avec François !

De façon très dure, la maladie l’a éloigné progressivement de la SFC ; il aurait souhaité poursuivre, garder, sinon ses fonctions, du moins le contact… Cela n’a été possible que pendant peu de temps et nous le regrettons tous. À son épouse, à ses enfants et à leur famille, nous présentons nos condoléances attristées. Qu’ils soient certains que la cancérologie française lui doit beaucoup et que tous ceux qui ont travaillé avec lui gardent le souvenir d’un homme attachant, terriblement compétent, rigoureux et, par-dessus tout, d’une grande modestie intellectuelle.

Bureau de la SFC et tous les anciens présidents de la SFC par ordre chronologique :
Christian Larsen, Jean-Pierre Armand, Jacques Robert, Pierre Verrelle, Jacques Pouysségur,
Serge Évrard, Annick Harel-Bellan, Michel Marty, Marie Dutreix.